Lors du dernier conseil municipal, les élus du groupe Aimer Villefontaine se sont prononcés CONTRE le retour à la semaine de 4 jours pour les écoles primaires de Villefontaine.

Le Maire de Villefontaine a tenté de justifier sa démarche, mais nous lui avons dit qu’interroger des Villards sur le retour possible à 4 jours d’école c’est déjà avoir la volonté de revenir à 4 jours. La réforme Macron autorise les maires à revenir en arrière, mais ne les y oblige pas. Elle leur laisse ce choix sans passer par le débat préalable avant d’en faire la demande. Sans volonté de retour en arrière inutile de consulter les partenaires, enseignants, parents d’élèves … Le maire a voulu par cette mesure faire  des économies aux dépens de l’avenir des enfants.

Vous pouvez retrouver ci-dessous l’intégralité de mon intervention dans laquelle je défendais au nom du groupe Aimer Villefontaine l’intérêt des jeunes Villards.

Le 8 juillet 2013 en adoptant la loi dite « d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République », la France adaptait enfin les rythmes scolaires à ceux des enfants. Dans les écoles maternelles et élémentaires, la semaine des élèves était organisée sur 4,5 jours au lieu de 4 précédemment. La loi a créé un fond de soutien aux collectivités locales pour le développement d’activités périscolaires, fond qui était garanti jusqu’à la fin du mandat.

Avant de détailler mon propos, voici quelques éléments contenus dans un rapport de l’académie de médecine qui date de 2010 :

  • La prise en compte des rythmes biologiques et psychophysiologiques de l’enfant dans toute réflexion sur la question des rythmes scolaires est de la plus haute importance
  • La désynchronisation des enfants par rapport à l’horloge biologique entraîne fatigue et difficultés d’apprentissage
  • La semaine de 4 jours joue un rôle néfaste sur la vigilance et les performances des enfants
  • Le rôle du sommeil chez l’enfant est primordial, il permet un développement harmonieux, restaure les fonctions de l’organisme, permet de lutter contre la fatigue et favorise les apprentissages

Par ailleurs comme je l’ai déjà exprimé lors du dernier conseil, nous partageons pleinement l’avis de la secrétaire générale de la ligue de l’enseignement, de la vice-présidente d’ATD quart monde, de la présidente du collectif des associations partenaires de l’école, de la présidente de la FCPE, ainsi que de la déléguée Générale des Francas.

En effet [… La France est l’un des pays développés dans lesquels l’origine sociale pèse le plus sur le destin scolaire des élèves.

Malgré la massification de l’école, le milieu social demeure un déterminant fondamental de la réussite. La lecture régulière, l’attention à la transmission entre les parents et leurs enfants, l’aisance sociale et la capacité à s’exprimer en public confèrent, dans le cadre de l’école, un avantage décisif et explique l’essentiel des variations observées dans les parcours scolaires.

C’est en ce sens que les activités péri et extra-scolaires sont un puissant levier de réussite de tous les élèves. N’est-ce pas une belle ambition Mesdames et messieurs les élus que de vouloir que chaque élève est plus de chance de succès?

En complément de l’école, ces activités constituent l’un des temps éducatifs ou les enfants découvrent autrement des sports, des arts, des sciences, où ils développent des compétences transférables en classe, d’ordre moteur, socio-affectifs, relationnel et cognitif.

En 2015 après la généralisation de la semaine de quatre jours et demi, 3,6 millions d’enfants étaient accueillis en accueils collectifs de mineurs. Ce mouvement a bénéficié à tous, jusqu’aux enfants des milieux populaires.

Pour la première fois de manière massive, tous les acteurs territoriaux des « temps de l’enfant » ont été amenés à se concerter.

Les PEDT, projets éducatifs de territoires, les plus ambitieux ont ainsi permis d’organiser la mixité des publics en levant les freins culturels.

La massification des activités périscolaires et extrascolaires inscrites dans des projets éducatifs territoriaux partagés est une des clés pour lutter contre les inégalités à l’école, qui sapent, depuis des décennies les fondements de la République…].

En revenant à la semaine de 4 jours, vous décidez donc que passer de 162 jours (ce qui est déjà nettement inférieur à la moyenne européenne qui est à 185 jours) à 144 jours d’école (ce qui fait de la France l’un des pays européens dans lequel les enfants sont le moins scolarisés). La France devient et de très loin, la « lanterne rouge » européenne en matière d’éducation. 

Une petite parenthèse, si on fait un peu de prospective, à terme on constatera que les parents qui en ont les moyens scolariseront encore plus leurs enfants dans les écoles privées qui proposent stages, soutien scolaire et remise à niveau souvent pendant les vacances (c’est ce que vous décidez de réduire, du temps d’activité scolaire et périscolaire qui poussera les citoyens dans les bras de structures lucratives)… Tout ceci a bien entendu un coût… Du moins plusieurs coûts : celui financier pour les familles, celui social avec un déséquilibre entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas et enfin une mise en danger de l’école de la République qui finira par être vue comme moins créatrice de richesse pédagogique et de réussite. Prochainement tous s’accorderont à dire que l’école de la République est moins bonne que les structures cultuelles, confessionnelles, privées. C’est bien une transformation profonde qui se joue avec un glissement vers la privatisation de l’école.

Dans le système scolaire français traditionnel, les heures de cours sont plus nombreuses et réparties sur un plus petit nombre de jours dans l’année que les autres pays européens.

144 en France (sur 4 jours)
175 en Espagne (sur 5 jours)
188 en Allemagne (sur 6 jours)
190 en Angleterre (sur 5 ou 6 jours)
200 en Italie (sur 5 jours)

La semaine de quatre jours n’est en vigueur dans aucun autre pays européen. Certains ont même choisi la semaine de 6 jours (Pologne et Allemagne), mais ça ne change pas le nombre d’heures d’enseignement, ils consacrent les après-midis au sport et aux loisirs.

Par ailleurs la durée des apprentissages scolaires quotidiens est déjà l’une des plus longues d’Europe et ne peut pas être allongée. La densification du temps scolaire sur la journée et sur l’année n’est pas favorable aux enfants, mais plus encore pour les enfants des familles défavorisées. Ce qui signifie qu’on risque de voir les programmes s’alléger et d’entendre encore des « moi je connaissais les noms des départements, préfectures et sous-préfectures par coeur, ou  je connaissais mes tables de multiplication sur le bout des doigts »

Les chronobiologistes et les psychologues qui se sont penchés sur la question s’accordent à privilégier la semaine de 4,5 jours dans la mesure où elle offre une matinée d’apprentissage supplémentaire au moment de la journée où les enfants sont les plus alertes et attentifs.

Le passage de 4 à 4,5 jours en 2013 a généré de profonds bouleversements dans les routines des familles, et certains parents ont été contraints d’aménager leur temps de travail en fonction des nouveaux rythmes. Revenir à 4 jours c’est de nouveau risquer de changer ces rythmes aussi pour les parents.

Du point de vue de la réussite éducative, du « Bien-être » des enfants, les performances de la France ne sont pas à la hauteur d’un grand pays.  Les études internationales PISA soulignent le caractère très inégalitaire de notre système éducatif et sa faible efficacité pour un pays très développé. Les rapports entre « Bien-être » et réussite scolaire sont solidement établis par la recherche scientifique. (Source CNESCO). Sur le plan du bien-être éducationnel, la France se situe au 35 ème rang mondial alors que nous nous targuons d’être économiquement dans les 5 ou 6 premiers.

Néanmoins et pour être parfaitement juste avec vous, je dois avouer que ce débat et ces arguments auraient du poids, beaucoup de poids dans une commune qui aurait joué le jeu de l’avenir, et de l’intérêt de l’enfant. Une commune qui aurait compris que l’effort allait porter ces fruits et qu’effectivement pour Villefontaine, avec 70% de logements sociaux et des problématiques de vivre ensemble nombreuses cette réforme avait du sens. Elle avait du sens si on avait mis les TAPS en fin de journée pour apporter à tous une véritable plus-value.

Pour Villefontaine quelle serait la solution au-delà de critiquer nous sommes aussi force de proposition ?
L’objectif que nous devrions nous fixer serait de créer les conditions du maximum d’égalité pour tous.

  • – Répartir les apprentissages scolaires sur 9,5 demi-journées et 5 jours
  • – Encourager l’arrivée échelonnée le matin : temps calme et accueil sur 1h ou 1/2h
  • – Maintenir la garderie du matin pour les parents qui doivent embaucher tôt
  • – Allonger la pause méridienne afin de permettre un temps de repos / détente / jeu
  • – Déplacer les TAP (Temps d’activités périscolaires) en fin de journée à partir de 15h30 pour plus d’égalité des chances, puisque la vigilance remonte, proposer l’aide aux devoirs, du soutien scolaire et/ou des activités artistiques, culturelles, sportives
  • – Renforcer les partenariats avec le monde associatif (s’appuyant sur le remarquable travail de critérisation des subventions pour lequel nous attendons votre avis depuis 6 mois) afin de proposer des activités artistiques, culturelles ou sportives
  • – Améliorer la qualité de la restauration scolaire autour de 3 axes : la qualité nutritionnelle, l’approvisionnement en circuit court, et la gestion des déchets et donc des coûts

Avant de conclure, je dirais un mot sur la méthode que vous avez adoptée.

Vous n’avez pas consulté les parents, vous avez consulté les parents d’élèves, du moins leurs représentants, un peu comme si tous ici nous n’étions plus parents parce nos enfants sont absents ou trop grands, ou comme-ci nous n’étions jamais allés à l’école nous-mêmes et n’avions donc aucun avis sur la question.

Vous n’avez pas non plus demandé leurs avis aux parents en devenir.

Que vous ont dit les lycéens sur leur parcours scolaire à Villefontaine?

Que vous ont dit les grands-parents qui sont parfois, souvent mêmes là dans le parcours éducatif global ?

Vous auriez pu choisir la voix du débat public pour assumer vos choix, organiser des débats contradictoires et nous y étions prêts pour défendre l’intérêt de l’enfant. Vous auriez pu nous donner le temps de l’évaluation factuelle. Au lieu de cela vous avez fait la demande sans débat en amont dans cette instance démocratique et vous nous demandez aujourd’hui de dire notre avis sur une mesure décidée par vous, validée par la DASEN et affichée sur le site web de la mairie depuis 2 ou 3 semaines… Encore une fois c’est une pratique démocratique que nous ne partageons pas avec vous.

Bien évidemment nous sommes des progressistes convaincus que l’intérêt supérieur passe parfois par des sacrifices des uns aux profits des autres et en l’occurrence il ne fallait par regarder à la dépense quand il s’agit de l’avenir et de l’éducation des enfants de Villefontaine, c’est pourquoi nous voterons contre votre délibération.

Pour conclure, je vous livre un extrait de « La République moderne », écrit en 1962 par Pierre Mendès France qui illustre parfaitement la nécessité de faire vivre la démocratie de façon transversale.

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l’État, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt, soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis.  La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »

Réagissez